Les récompenses de résistante

 

Lorsque, à la Libération, de Gaulle accorde le droit de vote aux femmes, l'État entend, par ce geste, récompenser le patriotisme de toutes les Françaises qui avaient résisté. La réalité de la Résistance féminine est donc diluée dans un mythe de la Française héroïque. Mais les faits sont tout autres. Les résistantes,effacées du paysage politique et non reconnues officiellement par l'État , qui a une conception militaire de la Résistance dans lesquelles les femmes étaient peu présentes et qui sous- estime les actions résistantes féminines, doivent lutter contre l'oubli, notamment en publiant des récits qui, aujourd'hui encore, ne demandent qu'a être étudiés.

Dans ce contexte d'angoisses et de frustrations masculines, dans cette phase d'hégémonie familiale, le stéréotype de la femme au foyer avait envahit, presque sans partage, l'imaginaire social. Ce qui est une évidence pour Vichy, dont la "révolution nationale"  exigeait le renforcement de la cellule familiale selon les vues traditionnelles, ne doit pas faire oublier que cette idéologie était également prégnante dans les appels à la mobilisation lancés par la France libre et la résistance, non en tant que projet politique, mais comme un état de fait, une manière de voir la société. La France combattante, en s'adaptant aux réalités de la guerre, a été amenée à fragmenter les appels au peuple pour mobiliser l'ensemble des composantes de la nation.  En effet la participation des Françaises à la défense nationale a été bien supérieure à leur engagement politique en temps de paix. Elles ont représenté aux alentours de 12 à 20 % de la population résistante; voire d'avantage, selon les mouvements et les réseaux, furent également mobilisées par l'armée régulière, à une époque où elles étaient toujours exclues du suffrage et du service nationale. La participation des françaises à l'effort de guerre ne laissa pas indifférents. La société était inquiète par les bouleversements générés par le conflit: la séparation des couples, la dispersion des enfants, ces nouvelles femmes en uniformes, le fusil sur l'épaule, la cigarette aux lèvres... Pendant la guerre, on observe une intense aspiration à un retour à l'ordre des choses. De ce fait, partisanes et soldates ont été perçues parfois avec admiration, certes, au regard de leur caractère exceptionnel; mais elles provoquèrent surtout de la surprise, de la dérision, le plus souvent elles faisaient l'objet de la réprobation. Les témoignages des partisanes ou des soldates montrent combien elles furent émues en sentant les foules jeter sur elles la suspicion au moment où elles les découvraient, à la libération des villes, tandis qu'elles réservaient aux hommes leurs applaudissements. Alors elles eurent le sentiment d'avoir commis un acte de transgression en s'étant rapprochées du feu. Les institutions militaires de la France combattante étaient préoccupées par troubles entraînés par  la guerre, qu'elles étaient amenées à accentuer. Ainsi les premiers programmes de formation des soldates organisés par les Forces françaises libres réservaient une part importante des enseignements à un travail d'explication, destiné à rappeler aux jeunes femmes mobilisées qu'après la guerre elles devraient quitter l'armée et se consacrer à la maternité: leur rôle naturel.

Ce sentiment d'être au service et d'accomplir une tâche utile, mais mineure par rapport aux hommes, était profondément intériorisé par la plupart des femmes. De ce fait, la présence des partisanes au sein de la population résistante fut longtemps sous- évaluée, car elle furent rares à engager une procédure de reconnaissance de leurs titres de combattante volontaire de la Résistance, au lendemain du conflit. Pour autant, certains mobilisateurs avaient le sentiment d'assister ici à une étape majeure dans la marche vers l'égalité: l'engagement des femmes dans la Résistance conduisant à imposer le suffrage féminin... Même si ce processus historique était déjà bien engagé. André le Trocquer, alors commissaire a la Guerre, n'a-t-il pas déclaré le 20 janvier 1944 alors que conjointement le Comité  Français de Libération Nationale (CFNL) avait décide de rendre le service militaire obligatoire pour les femmes: "les femmes de France sont les égales de l'homme, il leur appartient à ce titre, si elles ont les même droits, d'avoir les même devoirs. "


 

 

 

 

 

 

 

                                                                           

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